Putain quatre vingt piges et je n'ai rien eu à lui conter, bouche fermée, dedans, deux dents me restait, et trop de souvenirs auxquels personne n'était convié, trop de souffrances à cacher, trop de peines inavouées, seuls mes yeux, gorgés de douleur, lui narrait mon passé. Tristes, étaient mes sombres nuits, sans rêves, sans bruit, cultivant l'amnésie. Un père et une mère que je n'ai connu, que par ce que ma mémoire voulait me rappeler, une photo qui a traversé le temps comme une fleur asséchée que l'on pend, à sa vue mes yeux brillaient de mélancolie, mais l'½il du père fière ne pleure pas, larme ne tombe, et sur leurs tombes ma larme cèdera. Un c½ur de pierre ce père misère, que la folie, petit à petit, contient. Mon absence perdure et dur devient mon fils au fil du temps
Putain, quatre vingt piges et il n'a rien fait pour moi. Le temps m'a usé et si tu savait comment pour lui j'ai sué. Il n'a même pas pris le temps de m'écouter, de me parler, de me regarder. Il a tout fait de loin pensant que je n'avais pas besoin de lui, j'aurais aimé pourtant son soutien, son regard, qu'il me tende la main, on ne se parlait que par le biais du silence, nos yeux se croisaient et on se comprenais.
Putain, quatre vingt piges qui sont passées, je n'ai profité de rien, j'ai bue pour oublier, j'ai emplie ma tête pour ne plus penser, je me suis enivré car j'ai subie cette maudite vie, et comment j'aurais pu lui dire ce que j'avais de plus dur à vivre, j'aurais aimé pourtant me libérer de ce poids qui hantait lourdement mon c½ur, je n'avais pas de repères, mon existence n'avait pas de sens, le goût amer de la solitude m'a guide vers le naufrage, quel triste sort, pour celui qui est réduit à subir au quotidien. J'avais pourtant de quoi être en satisfaction et pour ne pas sombrer, j'ai puisé dans ce qui me servait de lourd fardeau en me hantant l'âme, pour me forger comme l'on forge l'acier des plus résistantes des armes.
Quatre vingt piges sont passés, c'est le dernier appel de la mosquée, ma dernière prière de la journée et je m'endort. Quatre vingt piges sont passées, ne resterons que des regrets, mon pardon t'ai accordé, le tient me soulagera car mes portes se cadenassent et ma lumière se meure, mon esprit s'achemine vers le long et droit lit de la vie
Quatre vingt piges sont passés, et mon fils à mon chevet, me pleure car je ne suis plus, mon corps inerte et froid, semble dormir d' un sommeil profond, les yeux ouverts fixant le ciel comme un symbole pour le tout puissant.
Mon pauvre fils que les larmes n'apaisent pas, que les cris ne soulagent pas, il se
meurt de tristesse et ne réalise pas encore que s'est l'écrit de Dieu, qui fait tourner
l'horloge du temps et de la vie. Il se noie dans un profond chagrin pour se décaler de ce triste sort par la folie qui le contient, comme entre rêve et réalité, pour se rassurer et mener jusqu'au plus loin l'instant dernier, cette ultime et infime fraction du temps qui fait basculer un être pour ne plus être.
Il me pleure, il s'alarme, il s'alarme mais ses larmes ne coulent pas, pourtant je sais qu'en lui il y a courage, si seulement courage est, de rester figé sans bruit devant mon corps sans vie, envoûté par le chagrin et bercé par l'amertume, il appréhende un avenir incertain.